J'ai un problème avec le spirituel.
C'est toujours quand j'ai le sentiment d'en avoir le plus besoin qu'il vient à me manquer, qu'il vient à s'effacer comme une pincée de sel se dissout dans de l'eau bouillante. Dans ces moments de solitude extrême où le travail n'a plus ce rôle de procrastination vis-à-vis de l'exercice spirituel, où l'herbe ne suffit plus à faire taire ces démons intérieurs qui demandent toujours plus d'intérêt et de regards tournés vers eux. J'ai la triste impression, quand mon essence est aussi peu sollicitée que ça, de n'être au final qu'un bon à rien jaloux de la réussite des autres. Mais à peine attisée, à peine convoitée ou recherchée, je sens ces relents d'âme qui me tourmentent, jouant à cache-cache dans les couloirs étroits de mon esprit. Impossible à matérialiser, ils se fondent dans les parois tels des caméléons et me rendent frêle, chatouillent le génotype pour faire trembler le phénotype alors que de profondes voix s'élèvent pour réclamer une trêve. C'est comme si la profonde réflexion pouvait stopper ces vagues impressions de déjà-vu, de monotonie, d'aliénante crasse mentale.
Attirée par la lumière, nourrie par l'ouverture sur le monde et rendue vivante par la méditation, l'esprit rencontre enfin cette plénitude tant attendue et tellement espérée qu'il en vient à ne plus surchauffer du tout. Tout s'arrête et les choses redeviennent lentes. Les gens qui passent, assimilés à la couleur noire des songes et aux teintes feutrées des ombres de l'hiver voient soudainement leurs visages s'éclaircir aussitôt que nos yeux se posent sur eux. Scrutant le moindre détail avec une vitesse et une précision d'analyse hors-normes, cet état d'extase mentale ne laisse jamais indifférent.
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